En guise d’introduction : une évidence, une conviction : « L’Esprit-Saint existe, je l’ai rencontré !!! » Je l’ai rencontré tout au long de la mise en route de la famille : avant, pendant, après…
C’est le 28 juillet 2005 qu’a été inaugurée officiellement la Famille de l’Incarnation, à la fin d’une semaine avec des laïcs de tous pays, semaine précédant le chapitre général des Ursulines à Chavagnes. Voilà ce que je disais au moment de cette célébration de l’envoi, sur la terrasse, en présence de l’Evêque de Luçon. « Certes, nous n’avons pas attendu ce 28 juillet pour vivre dans l’esprit de la Famille de l’Incarnation. Déjà existaient des liens entre FMI, Ursulines, sœurs de l’Immaculée de Niort et des liens des laïcs des fraternités avec les sœurs ou les Pères de leur pays respectif : Venezuela, Burkina, Chili, France…Aujourd’hui, riches de tout ce vécu, avec des représentants de chaque réalité, nous officialisons l’existence de cette Famille qui ne demande qu’à s’agrandir. Le Père Marcel Berthomé, supérieur Général des FMI, présente alors le texte de référence, qui date du 26 septembre 2004.
Mais comment en est-on arrivé là ?
Pour ma part, depuis longtemps, j’avais l’intuition que nous, Ursulines nous avions reçu de nos fondateurs un trésor, que nous n’avions pas le droit de garder pour nous.
En mars 1989, alors que je suis provinciale depuis un an, nous organisons notre premier forum des laïcs, avec comme objectif de partager ce qui nous anime, dans quel esprit nous vivons nos différentes insertions communautaires, ce qui motive la mission et nous proposons aux FMI de s’associer à cette démarche.
Quelques laïcs se reconnaissant dans notre manière de vivre à la suite de Jésus, désirent en savoir plus.
Quelques mois plus tard, ils se retrouvent pour échanger, réfléchir et voir comment aller plus loin. Naissent alors 2 groupes et 2 types de rencontre : « Le grain de moutarde » : 2 week-ends par an pour un temps de réflexion et de prière à partir d’un accent de notre spiritualité. Une Fraternité de l’Incarnation qui cherche à vivre au quotidien leurs engagements professionnels, familiaux, de quartier, selon la spiritualité de l’Incarnation…
A cette époque, d’autres fraternités cheminent au Venezuela et au Togo, avec les FMI et au Chili, avec les sœurs. Existe aussi le réseau d’inspiration : malgré la dévolution de la tutelle, les membres des établissements scolaires fondés par les Ursulines (directeurs, enseignants, membres des associations de parents d’élèves, des OGEC, responsables de la pastorale, se rencontrent régulièrement pour continuer à puiser à la source.
10 ans après, le 20 mars 1999, la province de France organise un 2e forum ! J’y serai présente avec une cinquantaine de membres de la paroisse de Choisy le Roi ! « Au fond de notre cœur, ce passage à Chavagnes laissera un empreinte. Les paroles de Louis-Marie Baudouin ont résonné en nous », témoigne une famille.
Puis, c’est le Chapitre Général, à Avila, en 2000 ! Je suis élue Supérieure Générale et il faut organiser les fêtes du bicentenaire le 6 juillet 2002 où presque 2000 personnes seront présentes, délégation de sœurs, de laïcs de tous les pays : occasion unique de retrouver nos racines et de célébrer le mystère de l’Incarnation ! Le spectacle de Gaëtan de Courrèges : Charlotte, Laurette, Louis-Marie et compagnie », créé de toute pièce par lui, avec la participation des habitants de Chavagnes et des jeunes et des enfants nous retrace l’histoire de la Congrégation : phénoménal ! Le 2 juillet, en présence de sœurs de tous les pays, il y avait eu la célébration haute en couleurs des différentes fondations, dans l’ordre chronologique, l’inauguration d’une plaque au vieux cimetière et l’inauguration de l’exposition : œuvre de Sr Thérèse- Marguerite entourée d’une équipe professionnelle ! Mais revenons à la naissance de la Famille de l’Incarnation.
Le 7 octobre 2002, rencontre au centre Spirituel pour poser les premiers jalons de « la famille de l’Incarnation. »
Sont convoqués et ont répondu présent :
– Marcel Berthomé, Supérieur Général des FMI avec Pierre Genais, Conseiller Général ;
– Marie-Josèphe Bellanger, provinciale des Ursulines de Jésus de France et Marie-Josèphe Limousin, conseillère provinciale ;
- Françoise Cosson et Béatrice Cesbron de la fraternité de l’Incarnation « Parole de Vie » et Thérèse-Marguerite Gilbert ;
- Françoise Marçais et Daniel Sicot, de la fraternité « Feu de braise » et Paul Gouraud, FMI.
– Marie-Pierre Cecchi, coordinatrice de l’équipe d’animation du « Grain de Moutarde » ; - Moi-même avec les Conseillères Générales : Carmen Fueyo, Anna Lee, Margaret Maher.
Je rappelle le pourquoi de cette rencontre : « Suite à un dialogue avec le Père Dortel Claudot (Jésuite), au sujet de la reconnaissance des Fraternités de l’Incarnation, nous avons parlé , en conseil, de l’éventualité d’une mini-structure regroupant les FMI, le Ursulines de Jésus, les laïcs vivant de la spiritualité, les sœurs de l’Immaculée Conception de Niort …genre « Fédération de l’Incarnation »…Nous en avons parlé au Conseil de Congrégation des Ursulines à Ngaoundere au Cameroun en février 2001 et, devant l’accueil enthousiaste des responsables, nous avons décidé de poursuivre et pendant l’été, j’ai pris contact avec chacun de vous et nous voilà, aujourd’hui. » S’en est suivi un tour de table et partages très intéressants.
Mais comment poursuivre ?
Nous nous mettons d’accord sur le processus suivant : chaque réalité :
- Fraternités de l’Incarnation de France
- FMI et les laïcs dans les différents pays.
- Ursulines : province France et Conseil général pour les sœurs et les laïcs des pays autres que la France…
Chaque réalité voit comment réfléchir aux points suivants (en mettant d’autres que nous dans le coup ; communautés, groupes diversifiés…)
2- La spiritualité de l’Incarnation : creuser ce trésor. Retrouver les expressions du vécu qui disent l’Incarnation. L’essentiel, le cœur, le trésor commun.
3- Donner quelques critères d’appartenance possible à cette famille.
Concrètement, chaque groupe voit comment organiser cette réflexion et qui faire participer … Nous avons reçu des réponses d’un peu partout, réponses très riches. 37 contributions !
Il a fallu établir la structure de la famille pour qu’elle puisse fonctionner au niveau international : avec le groupe d’animation de chaque pays/ Le groupe moteur international et le noyau avec les rôles respectifs.
Le 22 mai 2003, nous nous sommes retrouvés pour voir ce que nous allions faire des réponses et envisager la suite. Nous avons décidé la constitution d’un groupe moteur international. Chaque responsable devait désigner une personne et ensuite ces personnes désignées ont élu entre elles, un ou une déléguée pour le « noyau international » (6 personnes, plus les supérieurs généraux et une sœur d l’Immaculée de Niort.)
- Le 13 janvier 2004, ce « noyau » a été constitué après dépouillement des réponses des membres du groupe moteur (Jeanine Barbot/Maria-Jesus Echarri /Catherine Doukoya/ Connie Piska/Cecilia Rogel/Maria-Jesus Reparaz/ Marie-Thérèse Charrier/ Giusi Mascioni/ Winnie Lusk/ Basile Paré/ Christian Pineau / Heinz Escorche/ Daniel Boulier / Rita Vasquez/ Béatrice Cesbron/ Fernand Maillet/ Julie Diolompo/ Hervé Nonkani) *Constitution du premier « noyau » :
- Pour les FMI : Marcel Berthomé Daniel Boulier Christian Pineau
- Pour les laïcs : Béatrice Cesbron Rita Vasquez
- Pour les Ursulines ; Marie-Hélène Martin Marie-Thérèse Charrier Maria-Jesus Reparaz
- Pour les sœurs de l’Immaculée Conception de Niort ; Jeanine Barbot.
Ce noyau « constitué » s’est réuni au complet les 25-26 septembre 2004 : il a pris en compte toutes les réponses au questionnaire et élaboré une synthèse intitulée : Famille de l’Incarnation, un chemin de vie selon l’Évangile, éclairé par le mystère de l’Incarnation, à la suite de Louis-Marie Baudouin. Ce texte proposait les objectifs et les critères d’appartenance à la Famille de l’incarnation. Ce texte a été envoyé à chacun pour y apporter des amendements.
A la rencontre du noyau du 8 mai 2005, nous avons repris toutes les réactions et vous avez reçu le document final le 28 juillet 2005 .
La réponse à la 2e question : La spiritualité de l’Incarnation : creuser ce trésor a été tellement riche que nous avons décidé d’en faire un document, reprenant les expressions intégrales : La Famille de l’Incarnation : une inspiration, une expérience, une démarche, UN TRÉSOR COMMUN, avec leurs mots propres les disciples de Louis-Marie Baudouin disent l’AUJOURD’HUI de leur héritage spirituel ! Entre parenthèse, c’est le Père Henri Briand qui a mis en page ce document qui n’a pas vieilli ! Un vrai trésor ! IL sera distribué lors de l’inauguration de la Famille en 2005.
Le noyau de la famille proposera un Trésor commun 2 reprenant les expressions glanées dans les En famille de 2013 à 2016 !
Je m’attarde un peu sur la suite et les conséquences avec entre autre ; l’évolution de revue, la naissance du site Web, les différentes rencontres du groupe moteur international… Les documents de formation : « Portes d’entrée pour une spiritualité de l’Incarnation. Avec Louis-Marie Baudouin », proposé par Marcel Berthomé, septembre 2012.
La modification dans le Livre de Vie, au chapitre de 2010, de l‘article concernant les laïcs, pour permettre aux Fraternités d’être reconnues comme mouvement d’Eglise : n° 56 page 41 « Des laïcs attirés par la spiritualité de l’Incarnation léguée par notre fondateur et ses disciples, se rattachent à la Famille de l’Incarnation dont les objectifs sont définis dans le texte de référence : « La famille rassemble ceux et celles qui veulent se mettre à l’école du Verbe Incarné, selon leur propre état de vie et l’appel reçu. » Il appartient à la Supérieure générale et son conseil de confirmer l’engagement d’une personne à notre famille spirituelle, de reconnaître les groupes et d’approuver leurs statuts ou leur mode d’organisation.
Quel privilège ! Quel émerveillement lorsque je découvre la vie des différents groupes vivant du charisme lors de mes visites dans les différents pays ! Émerveillée de voir comment, en particulier la spiritualité de l’Incarnation les aide à vivre leur quotidien avec ses joies et ses souffrances…
– Au Chili, la naissance des fraternités remonte à 1981 et en 2007, avec des laïcs de France et des FMI nous participons à la fête de leurs 25 ans !
– Au Canada, le groupe « amis du charisme » est né en 1993
– Au Venezuela l’origine des groupes remonte à 1995
– Au Burkina en 2003
– Entre 2006 et 2007, naissance : au Royaume-Uni : 4 groupes de laïcs associés à Edimbourgh, Dublin, Swansea, Londres.
– Au Cameroun à Bafia, à Ouzal
– En Italie, à Loreto, la fraternité « Maison de l’Incarnation »
– A Madagascar, le 8 décembre 2007 : la famille de l’Immaculée.
– En 2007-2008, une autre fraternité se lance à Nouna, (Burkina) alors que les FMI ont quitté la mission.
Avec tous ces groupes j’ai eu la joie de partager, lors de mes visites ! Je fais miennes ces réflexions trouvées dans un compte-rendu sur ce qu’on reçoit des laïcs et par eux :
– Partager notre « spiritualité » avec les laïcs nous oblige à l’approfondir nous-mêmes.
– Être témoin dans les partages avec les laïcs de la fécondité de cette spiritualité, nous aide aussi à mieux la vivre nous-mêmes.
– Partager notre « spiritualité nous oblige à sortir de nos ronronnements communautaires.
Mais dans quel contexte ecclésial ?
En 1996, j’avais participé à une session du Père Dortel Claudot sur « la Participation de laïcs au charisme d’un institut » session qui m’avait ouvert des horizons. Pendant des années, il n’a cessé d’aider les Congrégations. Un document essentiel est paru en 2001. Nous nous sommes donc inscrites dans ce grand mouvement En Vendée, en 1994 était née la fraternité missionnaire de La Plaine et de Sainte Thérèse, crée à l’initiative des Pères Missionnaires de la Plaine dont le Père Henri Baudry, pour vivre leur baptême au sein du diocèse en suivant les pas de sainte Thérèse de Lisieux. 30 ans après, la fraternité contait une centaine de membres.
Un rassemblement inédit, à l’initiative de la CORREF, à Lourdes, les 19-20-21 octobre 2007, nous a confirmées dans nos intuitions. Il s’intitulait : les familles spirituelles : un nouveau visage d’Eglise ? Vous serez mes témoins.
Un autre suivra 6 ans après du 18 au 20 octobre 2013 Quand souffle l’Esprit…Vivre ensemble l’Évangile dans le sillage des fondateurs au service de la mission de l’Église ! Tout est dit dans ces titres et dans la présentation des objectifs de la première rencontre : « des chrétiens de plus en plus nombreux (50 000, en France, en 2017) cheminent avec des Instituts ou Monastères sur les pas de fondateurs, de fondatrices : associés, membres de fraternité, oblats, amis, coopérateurs, affiliés, membres de réseaux de tutelles d’établissement d’éducation ou de santé, volontaires …
Au rassemblement de 2007, il m’avait été demandé de participer à la Table Ronde, sur les enjeux théologiques et ecclésiaux, avec un laïc et le Cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux et président de la Conférence des Évêques de France. Je cite le 3e point : enjeux théologiques et ecclésiaux : la manière dont les différentes branches de nos familles se perçoivent et sont en relation les unes avec les autres, dit quelque chose de notre conception de l’Église.
- Non plus une Église hiérarchique dans laquelle certaines vocations seraient spirituellement au-dessus des autres.
- Mais une Église, Peuple de Dieu et Corps du Christ. Une Église dans laquelle l’égale dignité de tous s’enracine dans le Baptême et dans laquelle est reconnue et valorisée la vocation de tous les baptisés à la sainteté.
- Une Église dans laquelle les relations entre baptisés sont des relations de communion spirituelle qui s’incarnent au quotidien en donner-recevoir, en entraide mutuelle, en complémentarité et en vrai partenariat…
- Une Église qui s’ouvre au monde, ici-bas et qui l’aime.
- La manière dont les différentes branches de nos familles se réfèrent et donnent chair au charisme, manière à la fois particulière selon les vocations et commune de suivre Jésus-Christ, selon l’intuition spirituelle de nos fondateurs/fondatrices, fait sans doute advenir une nouvelle façon de faire Église :
- Une nouvelle façon d’être chrétiens ensemble, dans l’Église, à son service, en relation avec le autres groupes d’Église ;
- Une nouvelle façon aussi d’être chrétiens ensemble, dans la société, à son service, une nouvelle manière de vivre la mission…
Je citais en finale une image de Bernadette Delizy qui s’est beaucoup investie dans cette recherche des familles spirituelles, qui a œuvré dans la préparation et a contribué à la réussite de ces rencontres et qui a pu répertorier tout ce qui existait au niveau des Congrégations en France après une enquête faite auprès des instituts : « A côté de la désertification réelle de bien des noviciats, au sein même de la crise que traverse la vie religieuse aujourd’hui, la naissance des familles évangéliques apparaît comme un oasis. L’oasis ne fait pas disparaître le désert. Elle y est vie et appel à la vie évangélique, en Eglise, pour la mission, et dans le déploiement de toutes les formes de vie baptismale. »
En guise de conclusion, je cite Bernadette Delizy qui me cite dans son livre « Annoncer ensemble l’Evangile. Les familles spirituelles témoins d’un nouveau visage d’Eglise, « paru en 2O17 et quelle m’avait demandé de relire avant sa parution. Au chapitre 3 « Attirés par une figure évangélique, elle écrit : la perspective n’est donc pas celle d’un gigantesque puzzle : à l’un la Compassion, à l’autre la Sagesse, à d’autres la Providence. Dieu ne se découpe pas en morceaux…C’est le chemin privilégié d’un Amour qui se révèle et s’offre à être révélé. L’expression de sœur Marie-Hélène Martin, lors de la table ronde à Lourdes, en 2007, va tout à fait dans ce sens. Elle disait : « pour nous Ursulines de Jésus, c’est le visage du Verbe Incarné » et elle ajoutait : « Quel magnifique vitrail nous pourrions créer avec tous ces visages du Christ. » Un vitrail est beau s’il se laisse irradier par la lumière. Dans un vitrail, chaque morceau a besoin des autres pour laisser éclater le jeu multiple des couleurs et des formes. Un vitrail est beau aussi, quand, par transparence, il permet que se répande sur le sol quelque chose de la beauté insaisissable de la lumière. Un vitrail d’Evangile… » Entre parenthèse, je crois me souvenir que c’est un vitrail que nous avions pris comme symbole pour le premier forum des laïcs, sous le chapiteau !!!
Alors, pour le chemin déjà fait et pour aujourd’hui, disons Merci à l’Esprit ! C’est Lui qui a été là tout le temps et qui est là encore aujourd’hui et qui sera là demain !
Sr Marie-Hélène Martin (Ursuline de Jésus) 12 octobre 2025 - Chavagnes-en-Paillers




