Noël au Radeau


Le "RADEAU", dont il est question dans ce texte, est une Association d’aide aux personnes démunies, une association dite de "réinsertion", fondée à Paris dans les années 1980. Une Association dont la mise en route fut largement et longuement soutenue par les Soeurs Ursulines de Jésus (UdJ) et les Fils de Marie Immaculée (FMI). … soutien qui se prolonge d’ailleurs. Le P. Henri Briand, fmi, y a vécu de nombreux noëls. Témoignage.

Qu’y-t-il de commun entre nos fêtes de Noël et la naissance de Jésus ? La Nativité, nous savons qu’elle fut simple, inaperçue, complètement anonyme, mais avec le développement de la société chrétienne, l’infime événement s’est enrobé, habillé, décoré. Au cours de 20 siècles, il a été dévié, transformé pour être intégré par toutes les cultures et fêté partout, dans les boîtes de nuit comme dans les églises. Et ce que proposent aujourd’hui les confessions chrétiennes elles-mêmes est largement au-delà, et aussi en deçà, de ce qui a été vraiment vécu : pour entrevoir et reconnaître l’Enfant, pour l’appeler par son nom, c’est une jungle de traditions plus ou moins folkloriques qu’il faut en effet écarter autour de LUI comme on écarte l’emballage pour découvrir le trésor.

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Messe de Noël au Radeau

Les Noëls religieux ont jalonné ma vie. J’en ai été parfois l’acteur en tant que ministre du culte, dans les célébrations mais aussi à travers les longues heures de confessionnal qui précédaient la messe de minuit. Mon émotivité a souvent été sollicitée. Peut-être ai-je eu parfois les yeux humides d’attendrissement. Mais c’était avant ! Depuis 25 ans, en effet, je vis Noël, non plus dans le cadre d’une église ou d’une communauté mais dans le contexte de ce qui a été et demeure mon engagement social, pas seulement professionnel.

Au Radeau, l’association s’est toujours affichée comme non-confessionnelle, mais, pendant ses quinze premières années, on célébra cependant la messe, dite de minuit alors qu’il n’était que 19h, dans le local d’accueil du 9, rue Dautancourt, Paris 17ème . Et quelles messes ! La salle était toujours très décorée et on avait, à distance, derrière le grand rideau qui coupait la salle en deux, un petit aperçu du réveillon qui allait suivre. Dominique (SAPTE, Soeur UDJ), avec sa guitare, entraînait les chants traditionnels et, peu à peu, l’ambiance se créait, chaleureuse, décontractée, priante même. Ils étaient là ces "laissés pour compte", une bonne vingtaine, groupés autour de la petite table qui nous servait d’autel, mêlés aux bénévoles qui s’étaient joints à eux. Pauvre assistance marquée par tous les maux de la terre : le chômage, la rue, l’isolement, la pauvreté, le mépris, hommes et

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"Lulu" un habitué du Radeau

femmes exclus oui, mais aussi souvent victimes d’eux-mêmes. LULU était régulièrement saoul, ce soir-là, et il m’approuvait tout haut : "T’as raison, Henri ! ", quand j’intervenais dans cette célébration. Personne ne s’en offusquait. On riait. Mais quel sens pouvait bien avoir pour eux cette messe, dite sur le lieu tout ordinaire de leurs visites fréquentes, de leurs conversations banales, de leurs repas hebdomadaires, de leur "banque alimentaire", de leur changement de vestiaire, de l’étalage inévitable de leur pauvreté ? Nostalgie d’une autre époque, besoin de chaleur humaine, vague sentiment religieux ? Chrétiens, musulmans, croyants, non-croyants, ensemble sans distinction, ils étaient venus. Je les connaissais tous et bien, mais je me suis personnellement toujours abstenu de leur demander leurs motivations. Je me contentais de les voir heureux d’être là, heureux de chanter. A cette messe, ils communiaient tous évidemment mais cette communion avait un tel air de partage, d’union et de plaisir ! Le vrai sens de la messe, me semble-t-il, même si celle-ci était loin des conventions habituelles !

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Nuit de Noël au Radeau

Un des beaux souvenirs que je garde des réveillons de Noël à Dautancourt est le geste furtif de Claude, un bénévole, qui se trouvait près d’une pauvre femme à un bout de table. Lui, ancien cadre supérieur à la retraite. Elle, malade alcoolique, vivant de son RMI et de la manche dans le métro, logée dans un hôtel minable depuis des années. Autour d’eux on chantait, on dansait. Ambiance, disque d’accordéon, brouhaha ! Ils discutaient depuis un bon moment quand, tout à coup, j’ai vu Claude se pencher vers Jeanine et lui donner un baiser. Geste banal peut-être ! Geste inaperçu, en ce Noël 1994 ! Geste qui m’a pourtant semblé si dense, en ce lieu et en cette circonstance ! Claude était venu partager un moment de bonheur avec les personnes qu’il accompagnait par ailleurs. Il se disait non-croyant mais était ouvert à la vie, à l’amour. La preuve ! C’est quoi" Dieu parmi nous " ?


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