La famille de l'Incarnation

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Lettre de novembre 1815

J.M.J. novembre 1815

À mes Novices, mes chères filles.

Mon fils, dès votre premier âge, aimez à être instruit et vous acquerrez une sagesse qui vous durera jusqu’à la vieillesse. Approchez-vous de la Sagesse comme celui qui laboure et qui sème et attendez en paix ses excellents fruits. (Siracide 6, 18)

Cherchez et aimez la vraie instruction

Vous êtes novices, mes filles, c’est le premier âge d’une religieuse. L’Esprit-Saint vous exhorte à l’instruction et cette instruction vous conduit à la Sagesse et cette Sagesse couronnera vos cheveux blancs. Quelle est cette instruction ? Est-ce la connaissance des choses naturelles, telles que les sciences de la grammaire, de l’histoire ancienne et moderne, de la géographie, du calcul, de l’astronomie, des diverses langues. Les pervers savent souvent ces choses et sont des insensés ! Les païens estimaient sages ceux qui étaient ornés de ces connaissances et la Sagesse les a réprouvés. Toutes ces choses, mes filles, sont bonnes ; mais petites, pour des créatures faites à l’image de Dieu qui est infini. On peut y mettre les doigts comme la femme forte, mais comme toutes ces connaissances sont bien au-dessous de notre âme, de cette âme faite pour embrasser pour ainsi dire l’infini, il serait ridicule d’y employer la force, la moelle de son âme ; ce serait comme si Samson eut employé toute sa force pour couper une rose. Cherchez et aimez la vraie instruction, mes filles, et toutes ces choses vous seront ajoutées par surcroît. Salomon désira la vraie sagesse et l’intelligence, et Dieu lui donna de plus la connaissance de toutes les choses naturelles, depuis le cèdre jusqu’à l’hysope et depuis l’éléphant jusqu’au ciron et depuis l’étoile la plus proche du globe jusqu’à celle qui en est plus éloignée.

Quelle est donc cette instruction ? C’est l’instruction du saint Évangile, la connaissance des vérités du St Évangile, et des autres Écritures sacrées. C’est la route à la vraie vertu, à la vérité, à la vie. C’est là où l’on voit ce qui peut nous rendre semblable à l’Etre infini. C’est la vie éternelle, dit le Docteur fils de David et de Marie et du Père. « Ne savez-vous pas, dit-il, qu’il me faut être dans les choses de mon Père ? » Là, mes filles, vous connaîtrez que l’humilité conduit à la gloire, que l’aumône délivre des péchés ; que la pauvreté rend libre, heureux et riche ; que la douceur et la patience valent mieux que la force, que la miséricorde fait les élus, en les exemptant du jugement dernier, qu’il vaut mieux donner que recevoir, que la science du silence vaut mieux que la connaissance des langues, que la libéralité rend semblable à Dieu ; la fermeté de caractère dans le bien, dans la foi, dans la vérité ; vous y apprendrez la franchise, une égalité d’âme, une confiance entière dans le Tout-Puissant. Vous y puiserez des connaissances qui vous rendront maîtresses de votre cœur jusqu’à aimer tendrement vos plus cruels ennemis, vous y trouverez l’essence de Dieu, ses attributs infinis : l’immortalité et la spiritualité de l’âme, l’éternité des récompenses et des peines, la liberté de faire le bien et le mal, et mille autres connaissances profondes.

Bible du P. Baudouin. Lisez peu mais bien...

Les sages du siècle ont toujours été errants d’incertitude en incertitude sur des vérités que nous touchons du doigt avec nos Livres sacrés ; la création du monde, la création des hommes qui sortent tous d’un seul, comme plusieurs ruisseaux d’une seule source ; l’état de misère d’un homme si beau, si grand, si majestueux est une énigme difficile ; la chute du premier, rend la chose bien naturelle ; nous ne doutons de rien sur ces choses si difficiles aux savants...
Aimez, mes filles, l’instruction qui conduit à la vraie sagesse. Lisez peu, mais bien. Retenez surtout l’instruction de la conduite ou pratique ; croyez-la et la pratiquez. On lit trop superficiellement, c’est pourquoi on n’est jamais savant. Celui qui lit bien un livre, comme un Évangéliste, un des livres sapientiaux, comme l’Ecclésiastique, qui le sait et le pratique, est semblable à un homme qui a un bon ou deux bons champs qu’il cultive avec soin et ensemence de bons grains ; il moissonnera au centuple et sera riche.

C’est aux Bergères du Noviciat à faire bien remarquer les principes des vertus et de la croyance, dans la lecture des livres saints ;par exemple, on lira : « Prêtez sans intérêt, si on vous demande votre robe, donnez aussi votre manteau, si on veut vous faire faire mille pas, faites-en deux mille. » On s’arrête sur cette doctrine, on l’approfondit. Qui alors ne se convaincra de la complaisance, de la libéralité ! Il faut aussi procurer l’occasion à ces jeunes âmes d’exercer ce qu’elles lisent. Lorsqu’une de ses brebis s’écarte un peu, la redresser par la vue du code divin. Par exemple, une novice s’aigrirait un peu : « Ma fille, dit la maîtresse, notre Maître nous dit : « Apprenez de moi que je suis doux. » N’en dites pas plus. Une autre parlerait de ses parents, du monde : « Ma fille, il est écrit par l’Époux : « Laissez aux morts ensevelir les morts. » Pas plus que cela. Une autre serait froide contre sa sœur : « Le Père de famille, ma Sœur, Jésus, dit : « Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres. » Ces remarques faites avec une douce gravité, font effet, parce que la parole de Dieu est efficace.

Il est étonnant que des chrétiens qui savent lire, demandent des instructions ! et ils ont le très St Evangile... !
Il est étonnant que des religieuses sachent de mémoire une grammaire entière et bien d’autres pages, et elles ne savent pas un Évangéliste, un livre des Sapientiaux et 50 psaumes au moins. Aussi nous sommes maigres... ! La peau sur les os comme des cadavres !
Mes filles, dès votre premier âge, aimez la vraie instruction et vous acquerrez une sagesse qui vous durera jusqu’à vos cheveux blancs. Ce seraient des institutrices... ! L’institutrice parle peu, mais d’une manière solide et à propos.

Ruminons l’autre verset : « Approchez-vous de la Sagesse… » La Sagesse, ici, mes chères Novices, est le Verbe de Dieu incarné qui est la Sagesse du Père. Ou, si vous le voulez, c’est la doctrine de ce même Verbe fait homme : Jésus !

Si vous voulez approcher de la Sagesse, il faut vous laisser labourer...

Approchez-vous donc, mes enfants, de Jésus et de la doctrine par la Ste Communion et la méditation du St Évangile, mais approchez-vous-en comme celui qui laboure et qui sème. Labourer, c’est remuer, fendre, renverser la terre avec la charrue. C’est un travail pénible, surtout dans certaines terres très dures, très pierreuses, qui n’ont pas été cultivées de longtemps. Une terre quelconque, si elle est bien labourée, elle aura son prix ! mais il faut y passer le soc et le coutre. Vous frémissez, ma novice... ! Si cependant vous voulez approcher de la Sagesse, il faut vous labourer vous-même et vous laisser labourer par vos bonne Bergères. Il faut mettre ce caractère sens dessus dessous ; il faut fendre ce cœur, cette intelligence ingrate, cette mémoire, déraciner ces plantes stériles qui rongeraient la graisse de la terre, ces ajoncs, ces genêts, ces ronces, ces bruyères. Il faut que cette terre soit souple, menue ; écrasez ces mottes avec la herse, c’est une partie du labourage. Fendez cette lenteur, abattez ces vanités, écrasez ces roideurs, arrachez ces plaintes, ces murmures, cet arbre hargneux, ces pointes hérissées. Laboureuses ! connaissez vos champs, coupez, fendez, arrachez, écrasez. Allez-y avec lenteur, comme les bœufs ; mais n’écoutez pas ces cris, ces larmes, ces plaintes, ces mélancolies, ces caresses, ces flatteries, ces biais, ces tournures. La terre produira, mais labourez avant de semer, autrement votre semence sera perdue. Revenez à plusieurs reprises comme le sage laboureur. Passez le champ, repassez-le, coupez les sillons, et les recoupez ; que la terre soit menue et souple. N’écoutez pas ces fantômes, ces scrupules, ces craintes, ces terreurs ; enfoncez la charrue. Les laboureurs se lèvent de grand matin et labourent souvent au clair de la lune.

Vous voyez, mes filles, qu’il faut de l’activité pour approcher de la Sagesse. La lettre d’éprouver son âme, vous servira dans ce labourage. Point de paresseuses dans nos champs... !
Mais le laboureur est patient. S’il se pressait trop, les sillons ne seraient pas droits, la terre ne serait pas menue, et les bœufs se fatigueraient trop. Mais il est d’une lenteur active et d’un travail continu.

Après avoir bien labouré, alors vous sèmerez...

Après que vous aurez bien labouré votre champ, c’est-à-dire, détruit vos passions ou les avoir bien affaiblies, anéanti vos mauvaises inclinations, après avoir bien purifié votre cœur ; après des violences ; après avoir dissipé les ténèbres de l’ignorance, les maximes, les vanités du monde, les bagatelles ; après ce travail qui dure deux ans ou trois, selon l’activité, alors vous sèmerez. Alors vos communions, vos oraisons, vos lectures pousseront des plants d’humilité, de douceur, de charité, de miséricorde, de patience, de force, de zèle, de joie, de paix ; d’abord de petits rejetons, ensuite des feuilles vertes, puis des fleurs et au bout de 10 ans d’excellents fruits d’amour, d’union, d’oubli de soi-même, sublime oraison. Mais il faut attendre en paix que le Maître des champs le veuille ; son heure, son moment sont sûrs, mais cachés.

Vérité : On réussirait toujours, si on labourait ainsi.

Vérité : Le découragement est un piège où le démon en attrape beaucoup.

Vérité : La paresseuse languira et mourra dans la pauvreté, c’est-à-dire, n’aura jamais aucun don de perfection…

Je vous bénis, mes chères Novices, j’ai tenu ma parole, malgré mes occupations multipliées, mais j’ai à cœur votre salut et perfection. Tenez aussi vos résolutions. Que la grâce de Jésus soit abondante dans vos cœurs.

L. M. P.
Aux Maîtresses : Lire bien attentivement et le bien comprendre, avant de le lire aux autres.