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Le P. Baudouin et le peuple juif.

Le P. Maurice MAUPILLER

Le P. Maurice Maupilier nous a quittés le 24 mai dernier. Il était connu, hors de la Congrégation des Fils de Marie Immaculée, pour ses recherches et ses publications sur l’Hindouisme. Il avait publié aux éditions du Seuil en 1974 : Le Yoga et l’homme d’Occident, et en 1990 : Mystiques hindous et chrétiens.
Il avait également beaucoup travaillé sur le P. Baudouin et ses écrits. Il avait publié en 1973 : Louis-Marie Baudouin et ses disciples. Les disciples du P. Baudouin ont aussi bénéficié de nombreux autres travaux du P. Maupilier.
Voici des extraits d’un travail du P. Maupilier à propos d’un commentaire du P. Baudouin sur le Cantique des Cantiques. Dans ce commentaire le P. Baudouin développe une vision de l’Eglise et de son avenir. Et dans cet avenir, pense le P. Baudouin, les Juifs, parmi lesquels est née « la primitive Eglise de Judée », auront toute leur place.
Le P. Maupilier avait intitulé son travail, empruntant les mots du P. Baudouin : « J’aime les Juifs. »
Il y présente d’abord en quelques pages le P. Baudouin, et ensuite sa pensée sur l’Eglise.

« J’aime les Juifs »

Par le P. Maurice Maupilier

L’explication du Cantique selon Louis-Marie Baudouin


En 1810 ou 1811, une jeune religieuse de 23 ans, Sœur Agnès, enthousiasmée par les commentaires morcelés de l’Ecriture Sainte que le Père Baudouin donne à ses religieuses, veut obtenir de lui un enseignement plus suivi. Le Père Baudouin hésite, puis finit par accepter. Il rédige alors dans l’année 1811 son « Explication du Cantique des Cantiques ». Il commente le texte, verset après verset, en 94 numéros et mène son commentaire jusqu’au verset 14 du chapitre VIII.

« Le Cantique des Cantiques est un entretien ou colloque d’amour et de tendresse entre l’Epoux et l’Epouse. Je vous ai dit bien des fois que l’Ancien Testament était toujours l’allégorie du Nouveau. L’Epoux, dans ce livre, est donc notre bien-aimé Maître et Seigneur, l’Epouse est l’âme religieuse ou l’Eglise ou la Sainte Vierge Marie. L’Esprit Saint, selon des Pères, a en vue les trois sens. Je l’expliquerai de la Sainte Eglise et de l’âme religieuse. »

Le sujet principal : l’Eglise

« Il me semble qu’il faut considérer l’Epouse de Jésus, c’est-à-dire la Sainte Eglise sous trois points de vue :
- La primitive Eglise de la Judée, composée de la très pure Marie, mère de Jésus, des apôtres, disciples, saintes femmes et tous ces braves Juifs qui embrassèrent le christianisme après la Pentecôte, surtout ce que l’on appelait l’Eglise de Jérusalem où il n’y avait qu’un cœur et qu’une âme dans tous les fidèles.
- L’Eglise des gentils ou païens, c’est-à-dire ceux qui n’étaient pas juifs et qui se sont convertis au Christianisme depuis la Pentecôte jusqu’à nos jours. Corneille en est le premier.
- L’Eglise de la fin des siècles, avant le dernier avènement de Jésus : cette société sera composée plus de Juifs que des autres nations.

Lia et Rachel

(voir dans le livre de la Genèse les chapitres 29-30)
Mais où le Père Baudouin lit le Cantique avec beaucoup de personnalité, c’est lorsqu’il voit en l’Epouse-Eglise les deux épouses de Jacob, Lia et Rachel. S’écartant des sources patristiques, il voit en Lia l’Epouse-Eglise venue des non-Juifs, des « nations », des « Gentils ». Elle est aimée de l’Epoux, certes, mais elle n’est pas la préférée. Du reste, elle finit par abandonner, oublier son Epoux.
L’Epouse préférée a été, est et demeure Rachel, celle qu’il arriva au Père Baudouin d’appeler « l’Eglise juive ». Et de là surgiront de nombreuses conséquences.

La "première Eglise"

Admiration pour la « première Eglise »

Mais il est aussi vrai qu’il portera toute sa vie une attention de préférence à la « première Eglise », l’Eglise de « nos premiers frères et sœurs », la « primitive Eglise de la Judée ». Elle excite chez lui une envie mélancolique. Il en contemple l’histoire selon la description qu’en offre saint Luc dans les Actes des Apôtres : c’est l’Eglise modèle, l’Eglise passagèrement idéale et réussie, celle de « nos premiers religieux et de nos premières religieuses » dont les fidèles sont « tous les apôtres », et qui, par leur désintéressement, leur affection fraternelle, leur ardeur à la prière, leur courage à confesser Jésus Christ, demeurent le type même des chrétiens appelés à n’avoir « qu’un cœur et qu’une âme ». « O belle Eglise de Jérusalem, vous étiez les disciples de Jésus, vous n’aviez qu’un cœur et qu’une âme »
Une autre raison de l’admirer et de l’aimer ! Elle est entièrement composée de Juifs, et le Père Baudouin voit en elle la réussite d’Israël puisqu’elle est « composée de la très pure Marie, mère de Jésus, des Apôtres, disciples, saintes femmes et tous les braves Juifs qui embrassèrent le christianisme après la Pentecôte, surtout ce que l’on appelait l’Eglise de Jérusalem où il n’y avait qu’un cœur et qu’une âme dans tous les fidèles. »

La « dernière église », la plus belle

La naissance de cette dernière Eglise est le premier événement de la fin des temps. Rachel, la « belle Eglise juive », s’éveillera à la voix de l’Epoux, elle le cherchera partout, comme l’Epouse du Cantique, et il se rendra manifeste à ses yeux dans les Ecritures : « Ils viendront à nous qui, alors, serons un petit nombre. » « Nous nous réjouirons de ce renfort qui nous viendra si à propos et que nous attendions depuis si longtemps… Nous les honorerons comme notre gloire et notre salut, nous expliquerons avec eux les Saintes Ecritures, nous y chercherons le Bien-Aimé, nous leur ferons voir et ils verront eux-mêmes qu’ils doivent être la plus belle entre toutes les Eglises passées. »

menorah : chandelier à sept branches pour les liturgies juives

Cette dernière Eglise sera surtout composée de Juifs.

Et d’abord, de partout, le peuple juif s’ébranle vers le Messie, leur « frère », leur « âme », leur « lumière », le « Prince d’Israël », le « Roi de Juda », le « Fils de David » ! « Ces enfants de Jacob accourant de toutes parts vers le Messie Jésus. » « Le temps venu, tout le monde parle de cette merveille qui finira d’accomplir les prophéties. » « La ferveur, les dons, les grâces abondantes dont seront comblés ces enfants de Rachel feront tout le sujet des entretiens ; on sera brûlant de leur chaleur ! »…
« Le cœur du doux Jésus s’attendrira aussi sur son peuple bien-aimé. Le bon et chaste Joseph, attendri à la vue de Benjamin, se découvre à ses frères désolés… Si la figure est attendrissante, quelle sera la réalité ! Il me semble voir les larmes de ces bons Juifs !… Mon Bien-Aimé est à moi ! Je suis à mon Bien-Aimé ! Le cœur de mon Bien-Aimé se tourne vers moi ! » (Cant. 7,10)

Cet ébranlement des Juifs vers le Messie se fera, augure le Père Baudouin, comme tout d’un coup. « Comme ce temps est encore futur, il faut comme prophétiser, mais voici ma conjecture : les Juifs reviendront à la foi comme tout d’un coup. »
Dans cette découverte du Messie, l’action de « la prédication d’Elie » sera déterminante et le rassemblement des Juifs à travers le monde entier se centrera sur la Judée.

Conclusion

Ainsi prend donc fin cet étonnant ouvrage où, au milieu des conseils spirituels, des enseignements d’histoire ecclésiastique, de considérations théologiques sur l’Eglise, se révèle sur la vocation juive et les relations entre Juifs et chrétiens, une pensée chrétienne dont l’équivalent n’a pu être découvert en France entre le XVIème siècle et le XIXème siècle. Sous réserve d’un inventaire plus poussé à travers une littérature religieuse surabondante, il est donc possible d’affirmer que nous nous trouvons placés aujourd’hui en face d’un précurseur fort original en la personne de Louis-Marie Baudouin et d’un précurseur d’autant plus intéressant qu’il apparaît comme parfaitement libéré de toute théorie d’école et de prévention personnelle, uniquement soucieux de bien lire la Parole de Dieu, de lui conformer ses jugements et d’aimer sous son inspiration.

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et A la suite de Louis-Marie Baudouin