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Le P. Baudouin et le "fil de la Providence"

Le P. Baudouin, nous le savons, aimait dire qu’il fallait suivre

« le fil de la Providence »

Pour lui personnellement, dans la conduite de sa vie et dans les décisions importantes qu’il était parfois amené à prendre, il disait qu’il n’aimait pas « enjamber sur la Providence » !
Ces expressions résonnent étrangement aujourd’hui à nos oreilles. On pourrait même dire qu’elles ne font pas partie de notre vocabulaire ordinaire dans notre société sécularisée ni, non plus, de notre manière d’accueillir la vie.
Faut-il reléguer ces expressions dans le placard poussiéreux de croyances dépassées. Ont-elles encore un sens pour nous aujourd’hui ?

Essayons de mieux comprendre ce qu’elles pouvaient signifier dans la vie du P. Baudouin.
Sa vie a été mouvementée. Peu de temps après le début de la grande révolution de 1789, l’année de son ordination, il doit partir en exil. A son retour quatre ans plus tard, il doit encore se cacher et vivre en clandestin, pendant près de trois ans aux Sables d’Olonne. Peu de temps avant sa mort, il affronte une autre révolution, celle de 1830. Sa confiance dans la « sainte Providence » ne fait pas de lui une personne timorée ou attendant patiemment que Dieu fasse venir des jours meilleurs après les ruines accumulées par la révolution.
Au contraire, la foi en la Providence pousse le P. Baudouin à « prendre le siècle comme la révolution l’a enfanté », à lancer la congrégation des « Filles du Verbe Incarné » - aujourd’hui les Sœurs Ursulines de Chavagnes - et une congrégation de religieux pour, dit-il, « relever les ruines de Jérusalem ». Il prévient la future Mère Saint-Benoît :

« Nous entrons dans une ère nouvelle, il faut oublier la douce solitude de vos monastères… ! »

La confiance du P. Baudouin dans la Providence a une saveur d’Evangile. C’est la confiance de Jésus qui voit son Père toujours à l’œuvre. Le Père habille les lys des champs d’une manière encore plus somptueuse que Salomon lui-même ne s’habillait dans son palais. Le Père nourrit les oiseaux du ciel et s’occupe de chacun d’eux. Et lui, Jésus fait toujours la volonté du Père en guérissant les malades, même le jour du sabbat, en pardonnant même lorsque la loi de Moïse ordonnait de lapider.

Pour le P. Baudouin cette confiance est une école de réalisme et de combat spirituel pour nous ajuster à la présence et à l’action de Dieu dans

« l’ici et maintenant »


Il est vrai que certaines expressions ont de la peine à passer comme lorsqu’il parle du déroulement de la journée dans la Règle qu’il commença à écrire pour ses religieux aux Sables d’Olonne :

L’ordre de la journée peut ne pas être toujours le même parce que les circonstances dirigées par la Providence varient. "Notre premier ordre sera d’obéir à la volonté immédiate de la divine Providence qui a le souverain domaine sur toutes les Règles. Elle se plaît quelquefois à contrarier notre ordre ordinaire pour nous détacher et pour d’autres motifs souvent inconnus, mais toujours d’une sagesse divine.
Persuadons- nous bien que notre premier ordre de la journée, de la semaine, du mois, de l’année, de la vie, est le bon plaisir de Dieu. Si nous entendons bien ce mot dans la pratique, nous aurons une grande liberté ou latitude de cœur.”

U n tel règlement n’invite-t-il pas en réalité à beaucoup de souplesse et à l’accueil de l’imprévu dans le déroulement d’une journée ?
St Vincent de Paul ne disait-il pas à ses « Filles de la Charité » :

« Il ne faut pas de retardement en ce qui est du service des pauvres. Si à l’heure de l’oraison, vous devez aller porter une médecine, oh, allez-y en repos ! Si, quand vous serez de retour, votre commodité vous permet de faire quelque peu d’oraison, à la bonne heure ! »

A l’occasion d’un deuil dans la communauté des Sœurs à Chavagnes, le P. Baudouin qui est à La Rochelle, apprend que la Mère Saint-Benoît est très affectée. Il lui écrit le 23 novembre 1819 :

« Vos tristesses, vos peines… si je pouvais les prendre pour moi seul, vous en seriez bien vite déchargée et je ne serais pas trop surchargé. » Et l’une des raisons qu’il donne, c’est, écrit-il, « à cause d’une petite lumière de la sainte Providence. »

Et voici ce qu’il ajoute :

Un cheveu ne tombe pas de notre tête sans la permission du Père céleste. Cette parole a un grand sens et s’adapte à tout. L’ordre éternel de Dieu est beau ! Le libre arbitre et la malice des hommes ne peuvent le déranger. Cet ordre est une vraie beauté : tout y est à sa place.
A l’égard des créatures libres, tout est justice et miséricorde, et si la justice est comme trois, la miséricorde est comme mille, dit la Sainte Ecriture. Si nos âmes étaient bien remplies de cette vue de l’ordre de la Providence, rien, ma bonne Mère, ne pourrait les renverser. Elles auraient leurs affections sensibles et naturelles, mais elles seraient douces et paisibles, et seraient dans l’ordre. Ainsi, ma bonne Mère, tout ce qui nous est arrivé, ce qui arrive et ce qui arrivera, n’importe quoi, tout est et sera conforme à la sainte volonté du Père celeste.


On peut sourire sur le fait que pas un cheveu ne tombe de notre tête sans la permission du Père céleste. Le P. Baudouin qui était chauve, ne manquait pas d’humour sur ce sujet. Mais ces paroles sont de Jésus. Le P. Baudouin les prend très au sérieux : « Cette parole, dit-il a un grand sens et s’adapte à tout ». Il essaie d’en faire découvrir la portée à la Mère Saint-Benoît jusqu’à évoquer le grand dessein de Dieu, à la manière de St Paul, lorsque ce dernier dit que Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment (Rom 8, 28).

Pour le P. Baudouin, avec la Providence, on vit sous l’ordre éternel de Dieu qui est beau. Elle englobe « tout ce qui est arrivé, tout ce qui arrive, tout ce qui arrivera », alors tout peut devenir grâce pour ceux qui se tournent vers Dieu. St Paul le disait encore avec plus de force : « J’en ai l’assurance, ni la mort, ni la vie, ni le présent, ni l’avenir, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ. » (Rom 8, 38).

Alors, ce « fil de la Providence »  ?


C’est tout simplement un chemin de vie dans la confiance au Dieu Père de Jésus qui aime ses enfants, les accompagne tout au long de la vie et ne les abandonne jamais, quoi qu’il arrive !

Ce « fil de la Providence » est un fil solide !


Mais c’est à chacun de le saisir, de s’y « accrocher » pour accueillir cette présence aimante de Dieu, surtout dans les moments d’épreuves.
C’est une manière de vivre l’accueil de Dieu dans le réalisme de

« l’ici et maintenant », sans rêver à un ailleurs

Un bon « fil » à saisir !

P. Marcel BERTHOME
Communauté Ste Marie