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Comment le P. Baudouin est venu à Chavagnes

Comment le P. Baudouin est-il venu à Chavagnes ? Sr Charlotte Esgonnière, Ursuline de Jésus, nous raconte.

Finie la clandestinité aux Sables d’Olonne : en route vers la Jonchère

Eglise de La Jonchère

Nous sommes en 1800 ! « Notre homme fut bien aise de revoir le soleil… ! » dira gaîment le Père Baudouin en sortant de la cachette des Sables. Mais pas question de rester aux Sables : plusieurs prêtres y résidant avant la Révolution étaient revenus alors que tant de paroisses en détresse attendaient encore leur pasteur… Une députation de braves gens, arrivant de la Jonchère - et par quelles routes !- vinrent chercher le P. Baudouin en attendant le retour de leur curé, M. Merson, encore en exil. Montant à cheval, il se dirigea vers l’humble paroisse qu’il venait d’adopter. C’était le 8 avril 1800.

Au bout d’un an à peine, l’ancien curé de la Jonchère revenait dans sa paroisse, le 2 mars 1801. Dès le lendemain, le Père Baudouin rejoint St-Cyr-en-Talmondais, très proche, grâce à l’autorisation de l’abbé Paillou, vicaire général et administrateur du diocèse. Malgré un retour important à la pratique religieuse, là aussi, comme à la Jonchère, les réactions post-révolutionnaires ne sont pas faciles à gérer, soulevant les mêmes obstacles et les mêmes passions. La situation devient tellement tendue et dangereuse qu’en juillet 1801 l’abbé Paillou presse le P. Baudouin de quitter les lieux et lui conseille de prendre un temps de repos en attendant une autre mission.

En repos à Puymaufrais.

Le logis de La Ricottière

A Puymaufrais, M. Barré de la Ricottière offre gracieusement l’hospitalité dans son domaine de la Ricottière, à 2 Km du village. Le P. Baudouin y arrive « épuisé de fatigue, traînant une fièvre qui ne le quitte pas depuis plusieurs mois ». Le repos, l’air frais du Bocage, de fréquentes promenades refirent en peu de jours une santé fragilisée. Ajoutons que la société de M. Barré et de l’abbé Desplobein, curé de Puymaufrais lui furent aussi très salutaires.

Mr Barré, ancien gendarme à Lunéville, faisant partie de la maison du Roi, chevalier de St-Louis, n’avait pu émigrer à cause de son grand âge, quand la Révolution éclata. Il avait chercher refuge parmi les rochers qui bordent le Lay, non loin de la Ricottière qu’il réintégra, la paix revenue.
L’abbé Desplobein était resté sur place durant tout le temps de la Révolution, continuant son ministère au risque de sa vie, se réfugiant tantôt dans les grottes voisines tantôt dans les bois, les caves secrètes, les souterrains inconnus…

La paix revenue, M. Barré l’avait accueilli à la Ricottière, le presbytère ayant été incendié avec l’église de Puymaufrais. L’abbé Desplobein y avait installé le culte dans un grenier des dépendances. Le curé et les paroissiens ne connurent pas d’autre église pendant 16 ans puisque celle de Puymaufrais ne fut restaurée qu’en 1816.

la campagne autour de La Ricottière

Les longues conversations qu’ils partageaient chaque jour contribuèrent pour une grande part au rétablissement du P. Baudouin. Tous les trois étaient des « rescapés » de moments bien difficiles…

Prêt à répondre à un nouvel appel…

Sentant ses forces revenir, le P. Baudouin est prêt à répondre à un nouvel appel… qui ne tarde pas. Les paroissiens de Chavagnes viennent de perdre leur curé, M. Pierre-Marie Remaud. Refusant de prêter serment à la Constitution civile du clergé, il était demeuré sur place, malgré les risques, s’en remettant à Dieu et au dévouement de ses paroissiens. Ceux-ci l’avaient entendu murmurer avant sa mort : « Je mourrais content si je savais que Mr. Baudouin devienne mon successeur. »

Plusieurs d’entre eux se rendent à la Flocellière auprès de l’abbé Paillou, administrateur du diocèse et le prient instamment de leur donner M. Baudouin pour pasteur. « Vous ne choisissez pas mal » leur répondit le vicaire général. « A la vérité je vous destinais un autre prêtre, mais puisque vous désirez M. Baudouin, je vous l’accorde si toutefois il n’a pas accepté une des douze paroisses que j’ai mises à sa disposition. Voyez-le. Si vous pouvez obtenir son consentement, je n’y mettrai pas obstacle. »

Les délégués prirent en toute hâte le chemin de Puymaufrais. Une cinquantaine de kms probablement à cheval…

Heureusement, le Père Baudouin ne s’était encore décidé pour aucune des paroisses proposées à son choix. Les négociations furent courtes.

Le P. Baudouin arrive à Chavagnes le 31 juillet 1801


- Quel est le patron de votre église ?
- Saint Pierre.
- Eh bien ! je suis votre curé.

Il avait eu le pressentiment que la paroisse que la Providence lui destinait serait placée sous la protection du chef des Apôtres. Là encore, soulignons les audacieuses et généreuses démarches de ces chrétiens conscients et responsables de l’avenir de leur communauté, de leur Eglise, soit à la Jonchère, soit à Chavagnes.

Quelques jours plus tard, le 31 juillet 1801, veille de la fête de Saint Pierre-aux-liens, le Père Baudouin entrait dans sa nouvelle paroisse.

Sœur Charlotte Esgonnière, UdJ